Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Je m’exprime rarement aussi éloquemment comme je n’écris. Parler de ces longues phrases, déclamer de ces mots si peu usités d’habitude. Là où j’ai grandi, cela paraissait pompeux. Lorsque l’on est issu de minorité, et que l’on a grandi dans ces ailleurs d’aujourd’hui, on ne pouvait s’exprimer comme on le lisait dans les livres, ni même comme ceux que l’on entendait parler dans les médias. Il fallait être vif et populaire, pour être compris de tous ; il fallait être droit et direct, ne rien perdre en cours de route. Se faire comprendre et être comme tout le monde. Voilà l’objectif. Choisir entre ce que l’on est et ce que l’on veut. Ce n’est pas comme si le choix s’était posé. Même nos figures d’autorités nous rejoignaient sur nos terrains communs pour nous trouver, vulgarisant le langage, laissant de côté le vocabulaire riche et les dictions fortes. Je n’ai jamais été mis à l’épreuve, n’ai jamais été poussé à l’obsession des liaisons fines, ni à la hantise des contractions. Je n’ai jamais eu le choix.
Entendre Kid Cudi chanter « Erase Me » est de ces petites victoires sur l’ignominie des grandes contradictions de l’existence. C’est la jouissance de voir un jeune rappeur noir de la banlieue de Cleveland incarner un héritier d’un rock nineties, à la fois chétif et idéaliste. Il est à la fois diffus dans cette mise en scène contextualisée mais demeure au centre de toute cette imagerie, toute cette mémoire collective, la remodelant à son image, la recadrant sur son époque, dans son immédiateté permanente. Tout est si fluide et intact que l’on se met à se rêver de ces alternatives comme d’aliénantes embardées, des possibilités fulgurantes d’être ce que l’on a été et ce que l’on a voulu être. Sans concession. Sans faux-semblant. Être et être.
« Erase Me » est un fantasme, ce qui rend Kid Cudi hors d’un temps régi par des pratiques confuses et des contraintes absurdes. « Erase Me » est probablement l’une des chansons les plus franches et dépourvues d’ambiguïté qu’il soit. Pourtant, entre nos mots et nos vies résident un monde, intransigeant et incohérent. Exceptionnel par définition.







