N’est stérile qu’un esprit silencieux

Nick Cave & The Bad Seeds
Nick Cave & The Bad Seeds
Nick Cave & The Bad Seeds - More News From Nowhere

Les chansons longuettes font toujours un peu peur. Lorsqu’une chanson s’aventure au-delà de la demi-douzaine de minutes, on songe à du post-rock, à du progressif, on se dit qu’il va peut-être falloir prendre une double dose d’attention, car le formatage contemporain ne nous habituait plus à des chansons aussi longues. Mais cette étendue de plage sonore permet à certains intrépides et virtuoses de nous faire oublier toute notion de temps et d’espace.

En nous imprégnant malgré nous de cette teinte particulière, de ce grain identifiable entre mille, les vastes espaces américains se laissent dévoiler à notre guise. Terrain fertile du blues, et des histoires aux mouvances lentes et captivantes, ces paysages fiévreux et rugueux ne demandent qu’à être explorés. L’inénarrable Nick Cave et ses fidèles Bad Seeds défrichent le terrain pour nous au sein de ces sept prosaïques minutes, au sein desquelles ne se gênent pourtant pas pour germer d’innombrables pousses.

Après la bande-originale, l’an dernier, du western L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, de sa voix de crooner bluesy, Nick Cave nous conte de nouveau ses innombrables histoires de nowhere, et au sein de sa passionnante cavalcade musicale avec les Bad Seeds, naissent des ramifications infinies au cœur de motifs universels. N’est stérile qu’un esprit silencieux.

Ce numéro de funambule

She & Him
She & Him
She & Him - Black Hole

Il y a juste parfois des images, des idées qui, dans notre souvenir commun, nous parlent, à voix haute. Parfois même, elles nous malmènent et elles nous hantent. Comme ces bouts de vie figés, qui nous font imaginer des milliers de possibilités sur le passé, le présent et le futur de ce moment arrêté.

Lorsque la belle Zooey Deschanel chante de sa voix suave et empathique les derniers mots du refrain « I’m alone on a bicycle for two », cette scène picturale défile entre nos yeux. Seule sur son tandem, symbole désuet mais immortel du couple, la jeune fille tente tant bien que mal de comprendre ce qui lui arrive, mystifiée par cet ordre nouveau. Car malgré son envie d’avancer, elle se doit de porter les lourds poids d’une rupture : le poids de sa peine à elle, et le poids de son absence à lui.

Si la guitare de M. Ward parvient à porter le rythme tout le long de la chanson, celle-ci s’efface lorsqu’elle se rend compte qu’elle est belle et bien seule, sans lui. Car bien qu’il ne s’agisse que de la première véritable expérience musicale pour l’actrice Zooey Deschanel, c’est bien elle qui capte toutes les lumières et attentions en laissant l’accompli Matt Ward dans l’ombre où il a préféré rester. Et à ce numéro de funambule, elle et lui sont parvenus à un charmant équilibre, tout en douceur et en amertume.

Comme la chute d’un château de cartes

Crystal Castles
Crystal Castles
Crystal Castles - Black Panther

Pour inaugurer ma nouvelle lubie que ce blog musical, comment mieux commencer qu’avec la pureté d’un coup de cœur. Que demander de mieux finalement ? L’incongruité d’une passion née irrationnellement d’une pulsion primaire. Celle de l’accroche mélodique, celle de l’attrait de la nouveauté, de l’indécence du parti pris.

Avec leur album éponyme sorti la semaine passée, les Crystal Castles nous apportent la perspective émotionnelle qui manquait tant à ce genre de musique. Energique ou bourrine, le rock s’associait à l’autisme et la décérébration de la new rave. Sur ces mêmes bases, les Canadiens parviennent à apporter ce petit rien qui manquait cruellement : l’âme. Kitschissime, les synthés d’Ethan Kath enferment dans une myriade de couches la voix étouffée, néanmoins réelle et palpable, d’Alice Glass. Comme une plainte tue. Comme un cri dans un coussin. Comme la chute d’un château de cartes.

Derrière la violence des basses, des fréquences, du chant brisé ; la déchirure d’un murmure maladif.