Top 50 singles 2009

Top 50 singles 2009
Little BootsStuck On Repeat
10.

Grande réussite synth-pop, « Stuck On Repeat » brille par l’altitude vertigineuse prise par une Little Boots vulnérable comme rarement. On ne sait finalement jamais, s’il s’agit de ce songe élevé ou bien de cette affliction sous-jacente, qui prend le contrôle de ce titre fulgurant, à la fois éblouissance pop, et monolithe technoïde d’une beauté froide irrésistible. Little Boots l’a bien compris. Seule la qualité ne suffit pas. Hands en est témoin. Les heurts. L’euphorie. L’extase. La résignation. L’humanisme est notre facteur commun.

Ryan LeslieAddiction (ft. Cassie)
09.

Il n’est pas étonnant pour un amateur de pop de ne pas s’acoquiner avec le r’n’b, genre parfois même honni par la populace indie. Ce qui est étonnant, c’est que moi, je n’ai pas eu d’accroche avec un titre de r’n’b depuis Pharell et Justin. Moi qui dans un passé pas si lointain arborait fièrement dans mon lecteur mini-disc Craig David, Usher ou K-Ci & Jojo. Moi qui ai grandit avec du rap dans les esgourdes, du r’n’b en chantonnement. J’avais presque oublié que je pouvais encore me laisser prendre par ces voix languissantes et langoureuses. Jusqu’à ce sensuel et voluptueux « Addiction » de Ryan Leslie et Cassie. On ne transcende jamais vraiment ce que l’on est.

Arnaud Fleurent-DidierFrance Culture
08.

La langue française a toujours eu ce grand défaut d’une non-musicalité intrinsèque prenante, même énervante. Ne pouvoir apprécier les plus beaux textes chantés à leur propre valeur, quelle grande tragédie. En discorde et en âpreté, elle prend pourtant toute sa grandeur à n’être rythmée que par sa propre allure, sa propre mesure qu’elle nourrit à partir de tout mot.
On ne chante pas en français. On susurre. On suggère. On interpelle. On tranche d’avec la mélodie. On lui impose son propre rythme, son propre tempo. Le français est un rebelle esthète. Il ne convient en rien, mais se pose en porte-à-faux, seul, à deux doigts de l’éclat, en véritable anarchiste. Comme Brel et Gainsbourg avant, Marchet et Tellier hier, Arnaud Fleurent-Didier aujourd’hui. Le français ne se chante pas. Il se vit.

Diane BirchFire Escape
07.

La pire chose dans la souffrance est de s’y faire, de ne plus s’en détacher. La peine, la douleur deviennent les seules attaches dans ce tourbillon de perdition. Il est si facile de ne vouloir lâcher prise, de s’encloisonner, de s’isoler à n’en plus vivre. Paradoxalement, on ne peut qu’être plus lucide que lorsque l’on se trouve au pied du mur.
On s’y fait à ces effluves de détresse, quand la misère et les regrets deviennent martyrs, que les tourments deviennent fatalités. L’on maîtrise alors enfin quelque chose, l’on a pied. Enfin. Cette quête de contrôle est naturelle, voire nécessaire, car si rare. Diane Birch l’exprime vainement, mais à merveille « When all that I can do is ache », tandis que ce timbre craquelle à en faire vibrer nos plus intimes fibres compassionnelles.

Daniel Martin MooreStray Age
06.

Par son humilité et sa flamboyance intrinsèque, l’Américain nous illumine par sa formule idéale, bien trop sublime pour se contenter de se trouver coincée entre Nick Drake et Mark Kozelek. La folk propre et léchée de Daniel Martin Moore ne sert finalement que de support à cette voix si prenante, mystérieuse et délicatement pudique. C’est ce qui nous rassure et nous fascine. Cette emprise maligne, ce contrôle insidieux que le chanteur possède sur nous, sans résistance, sans débat, entoure ce « Stray Age » d’un halo de fascination d’une beauté absolue. En se détachant, Daniel Martin Moore ne nous attise que plus. Langoureusement. Humblement. Elégamment.

MonoAshes In The Snow
05.

Lorsque les trémolos cordés de la lead guitar commencent à entrer en scène, une sensation magique empreint soudainement le morceau. Les cuivres et les percussions s’emballent. Le rythme se calque sur des pulsations cardiaques irrégulières à la manière d’un « Heroin ».
La rupture du rythme se révèle être plus qu’une explosion purement musicale. Elle agit comme libérateur unique portée par ce motif enchaîné et répété, dilué ensuite dans un concert d’harmonies bringuebalantes, où il servira de point d’accroche où l’on se blottira tandis que le monde alentour semble s’effondrer de toute part. D’« Ashes In The Snow », il ne nous restera plus que cette légèreté, cette excitation unique d’avoir pu atteindre la lumière au bout du tunnel.

Kings Of ConvenienceMrs. Cold
04.

Les Kings Of Convenience vous briseraient le cœur que vous en seriez comblés. Car c’est ainsi que leur magie opère. Irréprochable. Immaculée. Leurs voix enchanteresses couplées à leurs mélodies hypnotiques de tendresse et de douceur nous font fondre lentement, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Plus rien à brûler. Plus rien à oublier. Plus rien à revivre.
L’on renaît à l’écoute de ces magiciens norvégiens. Les doutes passés, les craintes refoulées, plus rien n’existe si ce n’est les sentiments éprouvés comme une première fois. Purement réels. Puissants car véritables. « Mrs Cold » a dû l’avoir, son cœur brisé. Elle l’est, dévasté. Tout du moins, semble-t-elle l’être. Pourtant, c’est bien de la mélancolie que l’on ressent. C’est bien de l’allégresse que l’on entend, chanté de leurs voix suaves et sibyllines.

Fuck ButtonsSurf Solar / Flight Of The Feathered Serpent
03.

Si « Surf Solar » est l’emblème de Tarot Sport et, par extension de Fuck Buttons, pour moi, il est indissociable de son pendant « Flight Of The Feathered Serpent », clôturant l’album. Deux chefs-d’œuvre construits en parallèle, respectivement en ouverture et en ouverture de Tarot Sport, ces deux titres ne forment qu’une et même odyssée, la plus passionnante de cette année.
Les deux œuvres du duo anglais sont construits sur les mêmes schémas qui se révèleront complémentaires. Alors que « Surf Solar » est un crescendo palpitant, « Flight Of The Feathered Serpent » est un decrescendo compulsif, tous deux composés quasi-uniquement de variations d’un même thème. De cette adjonction ressortira une folle traversée fantasmagorique, grandiloquente et audacieuse, d’où ne subsistera qu’un fort sentiment de vivacité et d’exaltation.

Grizzly BearTwo Weeks
02.

Il manquait encore à Grizzly Bear son titre de référence, comme un cliché fixe intemporel, pour que dans des dizaines d’années l’on puisse dire d’eux « Voilà, Grizzly Bear, c’était ça, et c’était renversant ». Bien sûr, il y aura eu la poignante « Knife » sur Yellow House, mais gâchée par un final bien trop long et hors-propos. Désormais l’on pourra se référer à « Two Weeks », à l’équilibre parfait et à la qualité formidable.
Je ne saurais dire si ce qui me sidère le plus sont les arrangements soignés et raffinés (les grandes chansons pop raffinées sont de plus en plus rares de nos jours), ou bien ces accords vocaux où les chœurs, les aigus et les graves parviennent à cohabiter dans une harmonie cordiale. Il y a probablement un peu de tout cela. « Two Weeks » dégage comme une atmosphère d’osmose idéale, en balance parfaite entre classicisme et contemporaneité.

PhoenixLisztomania
01.

Parfois, ma vie défile devant mes yeux comme une bobine de film. Un enchaînement de clichés, de moments figés qui viennent s’imprégner dans mon inconscient. Malgré un an d’écoutes intensives, il faudra me rendre à l’évidence. « Lisztomania » aura été un acteur majeur de ma vie. Lorsque retentissent ces premières notes de synthés, tout re-défile à nouveau comme si le plaisir se devait de nouveau d’être vécu. Par nécessité.
J’y revois ces toits de Brooklyn dont je ne me lasserai probablement jamais. J’y ressens ce retour à une innocence crédule et insouciante. J’y danse et je m’y remue, à l’abri de tout regard, à l’abri de tout bon sens. Je n’y vois que le meilleur et pour cause : « Lisztomania » est un ersatz d’une mélancolie de bon augure. De celle où la nostalgie serait occultée. De celle où la joie de nos vécus supplanterait le poids de nos regrets.
Ainsi se compose la suite de mes diapositives illustrant la séquence « Lisztomania » dans le grand film de ma vie. La bobine s’use, certes, mais tant que la persistance de l’image parviendra à défier la réalité du temps qui passe, je ne pourrai faire autrement que de rester là, béat et bienheureux.

17 commentaires

Ce post a été mentionné sur Twitter :
Mes 50 meilleurs singles de 2009 (à lire et à écouter) http://bit.ly/4E2R3B

Ce post a été mentionné sur Twitter :
@firstladypatate @playlistsociety Et voilà ! http://bit.ly/4E2R3B ;)

Ce post a été mentionné sur Twitter :
Du très très bon ! RT @auboutduchemin: Mes 50 meilleurs singles de 2009 (à lire et à écouter) http://bit.ly/4E2R3B

Ce post a été mentionné sur Twitter :
@auboutduchemin Mes 50 meilleurs singles de 2009 (à lire et à écouter) http://bit.ly/4E2R3B ;)

Ce post a été mentionné sur Twitter :
RT @auboutduchemin: Mes 50 meilleurs singles de 2009 (à lire et à écouter) http://bit.ly/4E2R3B

Il y a beaucoup de choses que je n’aime pas, mais beaucoup aussi que j’aime énormément et que je ne vois pas (trop) ailleurs (Boratto, Clipse, Neon Indian, Quik & Kurupt, Wahed Out, Desire, Memory Tapes…), vraiment bravo pour le boulot et l’ouverture.

Au passage, le Daniel Martin Moore est de 2008, mais c’est un tel chef d’œuvre, qu’il compte bien pour deux ans !

J’imagine bien que je ne dispose pas des goûts ultimes susceptibles de plaire à tout le monde. Mais si tu as déjà pu t’y retrouver sur certaines choses, ça me convient tout à fait !

Et oui, j’ai l’impression que l’on ne est pas beaucoup (sur la blogosphère fr) à avoir aimé cette année des choses comme Gui Boratto, Jon Hopkins, ou mêmela vague Hypnagogic Pop – c’est comme ça que ça s’appelle apparement – des Neon Indian, Washed Out, Memory Tapes etc.

Le rap US après, c’est presque normal, soit ça tombe dans le spécialisé et ça peut se comprendre, soit c’est les gros noms comme Jay-Z ou Mos Def, ou les adulés et encensés comme Raekwon ou Kid Cudi.

Par contre, je suis persuadé d’être le seul à aimer le Taylor Swift, et j’en suis très satisfait. C’est mon côté masochiste.

Ce post a été mentionné sur Twitter :
Quand j'aurai fini mon top albums, je rejoindrai les haters de top (d'ailleurs mon top singles http://bit.ly/4E2R3B :) ) #tropdetoptueletop

Un excellent récap’ des singles de l’année écoulée ! ça n’a pas du être facile, peut être quelques oublis mais la sélection est excellente.

Bravo. :)

Je confirme que ce n’était pas facile en effet. Très certainement de nombreux oublis, mais aussi beaucoup de très bonnes choses laissées sur le carreau, parce qu’à un moment, il faut bien se fixer une limite…

Merci :)

Concernant Grizzly Bear, je trouve que « Knife » était déjà un titre de référénce et que « Two Weeks » en est juste un autre, aussi bien. « Knife » est une chanson incroyable qui a été reprise et remixée par de nombreux autres artistes qui lui ont donné encore plus de valeurs.
Bref, tout ca pour dire que Grizzly Bear nous pond de très bon singles quand même !

J’ai toujours eu un problème avec la fin de Knife. Ca me gâche la chanson et suis frustré que la chanson ne soit du coup pas plus longue, ou tout simplement complète, et achevée.

En ce sens je trouve Two Weeks bien plus cohérente, bien mieux construite.

Et sinon, bonne année à tous !

Excellent top chansons très variés, j’y retrouve des choses que j’ai aimé d’autres moins et d’autres que je ne connaissais pas, en tout cas bravo et vivement le top albums.

Voeux exaucés ! :)

Mon top albums : http://auboutduchemin.net/2010/01/04/top-50-albums-2009/

Les 20 premiers seront dévoilés demain.

Bon, déjà, c’est en grosse partie grace à toi que je dois mon amour fou pour ton (et mon) numéro 1. :)
Deuxio, même si déjà dit, j’aime beaucoup ton top. Très eclectique, très varié et en plus je suis loin de tout connaitre. Parfait.
Bonne année msieur! :)

[...] Voir mes 50 meilleurs singles de 2009… [...]

[...] lire également : – Top 50 Albums 2009 (à venir) – Top 50 Singles 2009 – Top 50 Albums 2008 – Top 60 Singles [...]

Say it, say it now