Le français ne se chante pas

Arnaud-Fleurent Didier
Arnaud-Fleurent Didier
Arnaud-Fleurent Didier - France Culture

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

La langue française a toujours eu ce grand défaut d’une non-musicalité intrinsèque prenante, même énervante. Ne pouvoir apprécier les plus beaux textes chantés à leur propre valeur, quelle grande tragédie. En discorde et en âpreté, elle prend pourtant toute sa grandeur à n’être rythmée que par sa propre allure, sa propre mesure qu’elle nourrit à partir de tout mot.

Le français est une langue poétique. Elle recèle un pouvoir d’enchantement par l’écoulement de sa diction, à la fois cohésive et langoureuse, mais également une intransigeance marquée par une nécessité de diction cadencée. Le français est ainsi une langue de poète, de conteur, d’esthète. A contrario de son homologue plus populiste, pourtant natif des langues germaniques, le français laisse à l’anglais sa fluidité, sa malléabilité. Sa mise en bouche fluctuante également.

On ne chante pas en français. On susurre. On suggère. On interpelle. On tranche d’avec la mélodie. On lui impose son propre rythme, son propre tempo. Le français est un rebelle esthète. Il ne convient en rien, mais se pose en porte-à-faux, seul, à deux doigts de l’éclat, en véritable anarchiste. Comme Brel et Gainsbourg avant, Marchet et Tellier hier, Arnaud Fleurent-Didier aujourd’hui. Le français ne se chante pas. Il se vit.

9 commentaires

Ce post a été mentionné sur Twitter :
Le français ne se chante pas http://bit.ly/hCS0F

Bravo, belle chanson en plus !

Qu’est ce que j’aimerais pouvoir écrire comme toi. A chaque fois, pfu. Faudrait penser à faire vivre plus souvent ce blog.
Quant au choix de la chanson, vu que je suis un énorme fan d’AFD, je ne peux que plussuner. Je le réécoute là, ca faisait qqs semaines que je ne l’avais pas, j’en ai encore des frissons.
Vivement l’album.

Merci :)

En effet, il faut que j’essaie de mettre à jour plus souvent…

pour te conforter il ya aussi l’album, très intéressant, de Boulbar.

j’ai aussi cru que ça ne se chantait pas.
et puis bashuing, et puis noir désir, et puis silvain vanot, et puis barbara carlotti, jp nataf, strychnine, etc.

bref j’ai cru aussi…

^^

merci de nous faire découvrir arnaud florent-didier, cette chanson me touche beaucoup
je suis assez d’accord avec toi quand tu dis que le français ne se chante pas mais se vit
souvent, on ne comprenait pas le sens d’une phrase chez Bashung mais ce n’était pas ça le plus important

@arbobo C’est bien ce que je dis, Bashung ou Cantat ne chantaient pas, pas plus que Gainsbourg ne chantait. Il y a bien sûr des exceptions, mais pour moi les plus grands chanteurs francophones, ne sont pas des chanteurs à proprement parler, d’où le paradoxe.

@ixelle Bienvenue ;)

Cette chanson est assez originale car elle ne se chante pas, elle se lit comme la poésie. Mais moi, je pense que le français est une langue pas seulement poétique, elle est ecore bien musicale.

Beaucoup d’ idées, de sentiments, de souvenirs, ils se mèlent, en formant une tache grise, oui, une tache… Mais une voix impitoyable continue « Il n’y avait pas grand chose à faire, à part peut-etre polytechnicien. Il n’y avait pas grand chose à ne pas faire à part peut-etre musicien »
Je veux m’enfuir des ides, de la voix, des souvenirs, de moi-meme. Je suis encore une enfant offensée

Say it, say it now