
Sonnant comme un rêve indicible, cotonneux et exquis, Devotion part pourtant de simples associations de principes. Une voix douce et élévatrice, des suites d’accords coulant de source. Beach House parvient pourtant ainsi à faire naître cet espace céleste, jointure d’univers antagonistes, où la joie et la mélancolie prennent leurs places naturelles dans ce puzzle éthéré et élégiaque.

Après un Z aérien et mélodieux, My Morning Jacket sort ce Evil Urges décontenançant. Nettement plus direct, plus impulsif, le groupe s’immisce dans des contrées plus rock ou encore résolument très funk. Si le paradoxe entre les deux albums a de quoi dérouter, on ne peut qu’approuver cette évolution naturelle, où la voix de Jim James s’élève sans jamais se compromettre.

Le jeune Jim Noir réincarne les fantômes des sixties, des seventies et des nineties. Se côtoient Air, les Byrds, les Beach Boys, Badly Drawn Boy, ou Boards Of Canada au sein de ce Jim Noir. D’une popitude à toute épreuve, cet album temporellement perdu dans les méandres d’une époque qui n’est pas la sienne, est l’oeuvre d’un fou… ou d’un génie.

S’embarrassant peu d’une quelconque crédibilité en assénant comme titre de son premier album le faussement prétentieux I Created Disco, le jeune Calvin Harris fait preuve d’une auto-dérision qui révèle une bonne facette de ce qu’il peut produire. N’ayant pas inventé la disco, il aura en revanche réinvité à la fête les synthétiseurs et les voix sans fards, sans complexes. La grande réussite de Harris est sa non-retenue de la nomenclature disco, ne se refusant rien si cela lui permet d’atteindre ses volontés de faire gronder les dance-floors.

La bande à Chris Martin est décidemment un groupe aux ressources insoupçonnées. Ou bien tout simplement mésestimé. Car après un X&Y d’un ennui mortel, ce Viva La Vida se joue de tous les codes que Coldplay avait établis pour sa propre musique. Grandiloquente bien que toujours assez conventionnelle, celle-ci se révèle d’une ambition exemplaire qui parvient à faire passer tous les petits défauts sempiternelles. On les croyait condamnés ; les voici plus intrigants que jamais.

La fascination née du bruit, du son envahissant, provient de la nature même de nos sens. Désorientés, nous ne faisons que nous accrocher à ce que nous ne pouvons que connaître de mieux. Les Magnetic Fields, au sein d’un Distorsion magnifique, ont ainsi bien compris les leçons de ses prédécesseurs, non seulement en utilisant le bruit comme catalyseur, mais également en l’utilisant comme élément-clé d’une formule pop nébuleuse et chatoyante. Stephin Merritt fait bien plus qu’imposer le bruit comme vecteur, il l’impose à contre-rôle comme composante même de cette pop obsédante.

Avec sa voix profonde et ses arrangements sobres, Micah P. Hinson désarme à chaque écoute. Il se livre, à la fois généreux et mystérieux, il parvient à un frêle équilibre entre distanciation et admiration. Comme un Richard Hawley démonstratif, Micah P. Hinson évoque et invoque, mettant en exergue les plus fortes dissonances des émotions tenaces, romantiques et souvent bouleversantes.

Faussement old-school avec son ouverture a-cappela sur « Do I Miss My Friends », Rollie Pemberton alias Cadence Weapon se chausse vite de ses meilleurs crampons pour parcourir le terrain retro-futuriste d’un hip-hop dans l’air du temps. Lorgnant vers de l’IDM que Spank Rock ou Diplo ne renierait pas, le jeune Pemberton s’amuse vertueusement sur un Afterparty Babies des plus dépotant.

Ce qui surprend chez le jeune McGuinness, c’est bien sa fougue plus que sa technicité pourtant établie. Il chante, il monte, il virevolte, il joue au funambule vocal et acoustique sans jamais choir, sans jamais s’écarter. Sans desseins, il joue pour jouer, et au vu de la qualité de son premier album, on s’étonne encore de cette facilité et de cette audace. Humble et pourtant grandement lumineux au charisme scénique flamboyant, Eugene McGuinness est un digne représentant avec Jim Noir d’une nouvelle génération de slackers made in the UK.

A la fois nouveaux New Order, nouveaux Pet Shop Boys et nouveaux « meilleur groupe d’électro-pop », Cut Copy intrigue car émerge de cette scène australienne autarcique et quelque peu mystique vu d’ici. Cut Copy sort ainsi d’un peu de nulle part pour imposer une pop-électro-house revitalisé, sublimé par certains hits imparables et superbes étoiles dansantes de cette année.


10 commentaires
Ton top 3 est super classe! Bon, on en a pas mal en commun, et ca fait bien plaisir!
Le reste, y a pas mal de disques qu’il faut que j’écoute (notamment le Cadence Weapon que j’ai laissé passé comme un idiot).
Je vais m’y plonger plus sérieusement. Mais sinon, chouette boulot, ça a de la gueule. Et sacrément.
Gros boulot, beau boulot, joli top et un beau premier.
Bravo.
@Twist : C’est clair que l’on a pas mal en commun, mais heureusement on a encore quelques trucs à tous se faire découvrir.
Le Cadence Weapon est vraiment sympa en effet, tu m’en diras des nouvelles.
Sinon pour mon premier vrai classement (détaillé tout ça), c’est fastidieux, mais c’est rigolo à faire
@Toto : Merci, et merci The Tallest Man On Earth, encore trop peu mis en avant !
Quel superbe top !!!!
Aussi bien au niveau des disques sélectionnés que du texte qui les accompagne !
J’y retrouve beaucoup de choses que j’ai vraiment aimé (et d’autres que je note « à écouter ») cet année, et notamment Studio ! tu es le premier blog que je vois le mettre dans sa liste bravo ! Et la chronique de Fuck Buttons, très très juste !!! Tu mets les mots que j’aurai voulu utilisé mais sans jamais y reussir.
Bravo donc et bonne année !
Merci bien mon cher MrMeuble. Je suis flatté !
On sera d’accord sur le fait que l’on ne sera jamais assez à aimer Studio et Fuck Buttons de toute façon.
Tu me fais penser du coup que j’ai été un peu impoli :
BONNE ANNEE A TOUS CHERS LECTEURS !
Juste bravo pour ce blog.
Moi qui pensais m’y connaître en musique (de ce genre), je découvre avec stupeur (et presque tremblements) qu’il n’en est rien. Au point de ne pas connaître, mi janvier 2009, l’album classé numéro 1.
C’est beau, frais et bien écrit.
Pas seulement un autre audioblog, L’audioblog.
salut; je viens de découvrir ce blog très interessant, mais je souhaiterais apporter mon avis sur un album qui t’a déçu, c’est celui de Tv on the Radio (Dear science); je suis aussi fan de ce groupe: si à la première écoute de l’album j’ai été quelques peu déçu , ce n’était plus le cas après plusieurs écoutes il y abeaucoup de morceaux qui se révèlent au bout de 3 ou 4 écoute successives et plus d’un an après sa sortie c’est pour un des grands album incontournable de l’année 2008: c’est juste que le groupe ne veut pas répéter une formule qui a marché dans les 2 précédents albums. Ils en sont d’autant plus courageux j’aime que les artistes m’amènent là où je ne les attnds pas même si ce n’est pas agréable à la première écoute. Cordialement
Damien
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