La grande différence qui demeure encore aujourd’hui entre le rap noir et le rap blanc US, est l’instinct de street-credibility qui n’est pas inhérent chez le second, menant toujours par conséquent à être considéré en sous-genres du rap. Le lucratif gangsta-rap étant dominé par des rappeurs noirs, l’underground et le rap alternatif aux rappeurs noirs, le domaine du rap conscient semble avoir été laissé ouvert à tous. Talib Kweli, Common, Kanye West, Aesop Rock, Sage Francis, El-P… Sans distinctions, sans schéma conducteur, la transcendance du rap conscient permet cette marginalité inédite, et respectée.
Elle permet même l’ouverture. Un appel du pied en direction de la West Coast, et le duo d’Atmosphere construisent ce « Shoulda Known » élégiaque, menant beat battant une rythmique sobre et inflexible. Le flow souple et entraînant de Slug nous ferait presque oublier la sombre histoire de drogue destructrice et métaphore de l’amour unilatéral de « Shoulda Known ». En nous éloignant du propos initial et nous menant fallacieusement sur des routes adjacentes, Atmosphere nous guide vers un no man’s land, aride. Domaine pré-destiné de la pop, cet égarement calculé permet ce recul, ce pas en arrière laissant voir la mosaïque du monde, une perspective vertigineuse mais nécessaire.


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