La fin des choses

Grimes
Grimes
Grimes - Oblivion

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Je vois la fin des choses. A leurs faîtes. A leurs aubes. A leurs apparitions brutales et soudaines. Je ne vois en nos existences qu’embranchements d’instants, de fragments, une substance coulant en continu, et trouvant une finalité abrupte et promise depuis les fondements même de sa conception. Tout mène à cette frontière entre les périodes de l’être, cette fracture prévue et nécessaire. Je sais que tout à une fin, je sais que tout n’est qu’instant glané au nez du temps dans un combat vain et inégal. Nos armes, humanité et sentiments, ne sont qu’artifices face à l’édifice qui s’érige, inébranlable et inexorable construction d’une dimension qui ne peut que nous être inconnue.

Comment vivre avec sa mortalité. Comment vivre sans destination. Comment unir hédonisme et déchéance inévitable. Comment  demeurer décent en pleine décadence. Comment réaliser la fin des temps. Comment exister lorsque l’on voit la fin de tout.

Elle s’est mise à pleurer. A réaliser brutalement ce qu’elle savait depuis longtemps déjà. Que sonnait finalement le glas. Qu’il ne resterait plus rien de cette histoire entre elle et moi. Que tout finirait là. Je la regardai, et je ne pleurai pas. Je lui ai pris la main. Je lui ai dit que c’était la fin. Je lui ai dit que tout irait bien.

Un monde tel qu’ici

Ernest Gonzales
Ernest Gonzales
Ernest Gonzales - In The End

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« Tu as entendu la nouvelle ? » lui dit de suite Claude en entrant dans le bar mitoyen à l’usine.

Il était six heures passées, la salle était remplie à son habitude, comme chaque soir de match, seul le coin près de la porte des toilettes restait encore accessible. Henri y était assis, rajoutant au brouhaha ambiant le frottement des grains de sucre se dissolvant dans son café, à mesure qu’il y tournoyait imperturbablement sa cuillère, la face bombée raclant les bords de la tasse blanche.

« Henri, tu as entendu la nouvelle ? » répéta Claude qui se tenait désormais à ses côtés, faisant signe au serveur de lui servir son habituel double-espresso.

« Quoi ? »

« Le vieux Madjid. Dans mon équipe. Il est mort y’a trois jours. Et on l’apprend que maintenant ! Cette andouille de Joséphine qui continuait de compter ses jours d’absence non justifiés. C’est n’importe quoi. »

Claude jeta ses bras en l’air, mimant son mécontentement, se faisant sa place au milieu de ces histoires destinées à la mémoire évanescente des vacarmes de comptoirs.

« Tu lui parlais un peu non ? Au vieux Madjid ? Quel dommage, il bossait bien encore pour son âge. Je veux dire qu’il avait une carrure le bonhomme, il les portait bien les tôles de fin de séries, ça ouais. Surtout que ça pèse une tonne ces machins-là. Et puis il était fin drôle ; ça, c’était pas le dernier pour sortir une grosse connerie. Ca faisait toujours marrer le chef ; ça, il se faisait bien voir. Du coup, ça nous arrangeait bien, les autres et moi, dans son équipe, parce que parfois on finissait plus tôt le vendredi. Il avait le geôlier dans la poche, le malin. Ca, c’était bien. »

« Même après la mort de sa femme, il avait pas trop changé. Bien sûr, quand c’est arrivé, on savait pas trop quoi lui dire, et puis ses fils étaient grands, donc c’est pour ça qu’on l’emmenait ici parfois avec les collègues, pour se boire quelques verres. Tu l’as rencontré plusieurs fois à cette occasion du coup d’ailleurs. Enfin bon, malgré ça, il avait pas trop changé, enfin ça se voyait pas quoi. En dehors de ça, il parlait pas beaucoup. il s’entendait bien avec tout le monde, il faisait juste ce qu’il fallait. »

« Après, c’est sûr, quinze ans de boîte, et toujours être au même poste, ça doit user. Du coup, on pouvait pas trop se plaindre de nos situations à nous, vue la sienne. Mais il se plaignait pas, c’était un brave gars. Sauf Luis, parfois il disait qu’il entendait le vieux Madjid parler tout seul dans les vestiaires quand y’avait plus personne. Mais le lendemain, vu qu’il présentait une face convenable, on n’y pensait déjà plus. »

« Il est mort chez lui ? » lui demanda Henri, qui leva à peine la tête pour suivre le score.

« Oui, apparemment, il était juste assis sur son fauteuil dans son salon quand le voisin l’a trouvé. Pas de télé, pas de livre, pas d’ordi. Comme s’il ne faisait rien, comme s’il attendait que quelque chose arrive. Rien d’autre n’est jamais arrivé. »

Henri avait gagné trente francs en pariant sur le résultat du match. Il les donna pour la cagnotte destinée à acheter des fleurs à envoyer aux enfants du vieux Madjid. Il mit son écharpe autour du cou, et laissa aller un souffle froid se mêler à l’hiver environnant. Les conversations sourdes d’en-dedans résonnaient sur les vitres embuées, perlant à se rejoindre en mosaïques abstraites et uniformes.

« Il est vain d’essayer d’être un homme décent dans un monde tel qu’ici » se dit-il en s’aventurant dans cette ville qu’il ne connaissait que trop.

Projet d’exposition « Au Bout Du Chemin »

Projet d’exposition « Au Bout Du Chemin »

« Quand je pense, je vois des mouvements, des formes qui s’agencent. Quand je parle, je vois des lignes, se croisant, se percutant l’une l’autre dans un espace confiné. Quand j’écris, je vois des flots et des vagues, allant et venant, frappant aussi rapidement qu’elles ne viennent. Quand je ressens, c’est avec des mots, qui s’apposent et s’appliquent. Avec toutes leurs forces, leurs histoires, leurs irréfutables fermetés et indiscutables universalités. »

A l’occasion de la première édition de French Art Day, le 22 janvier prochain, journée de rencontre d’artistes français à Copenhague où je réside depuis deux ans, j’ai pour projet de monter ma première exposition et présenter des installations composées de textes, photographies et bandes sonores. A l’image de ce que j’ai pu produire depuis trois ans maintenant, ici sur Au Bout Du Chemin, où je poste plus ou moins régulièrement des textes illustrés accompagnés d’une chanson, je souhaite désormais matérialiser ces productions, où chacun des médiums se supportent l’un l’autre, pour forcer l’immersion et rendre chaque expérience intéressante, sinon unique.

Chaque installation prendra la forme d’un texte/essai (la plupart des textes sont issus de ce blog), agrémenté d’une photo, et sera accompagné d’un casque qui jouera la bande-son appropriée à l’ambiance dégagée. Ces installations seront chacune une invitation à se plonger dans des univers où règnent mélancolie, nostalgie et confusion des sentiments. Chaque histoire prend racine dans des introspections couchées sur papier, et dans ma passion pour la musique.

Cette exposition est pour l’instant un « one-shot », je n’ai jamais fait d’exposition, et suis absolument amateur dans ce domaine. Il s’agit d’une véritable envie, couplé d’opportunisme et de timing que de participer à un tel événement. Il s’agit finalement là de m’accompagner dans cette lubie, et m’aider à accomplir ce que j’aime à décrire comme des passions, et j’aurais ainsi besoin de votre aide pour pouvoir la mettre en œuvre : j’ai besoin de financement pour la création de ces installations.

J’ai ainsi créé un projet sur la plate-forme de crowdfunding, Ulule, et si vous souhaitez m’aider, faire une petite donation du montant que vous souhaitez, partager cette annonce sur vos sites, vos blogs, vos twitters, et faire tourner l’information, je saurais que demander de l’aide n’est jamais une mauvaise chose.

La venue prochaine de la mousson d’été

ASIN
ASIN
ASIN - Itanong Mo Sa Mga Bata

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Ce n’était pas censé finir comme ça, tu sais. C’aurait dû être une tragédie. C’aurait dû être l’orée d’un monde, la limite irrépresssible d’une histoire qui s’étiole. J’aurais dû entendre toutes tes aventures, connaître tout de ta jeunesse et de tes folles péripéties, t’écouter te plaindre du temps qui passe, des gens qui changent et de la société qui s’écroule. J’aurais voulu savoir ce que ça te faisait de sentir t’éloigner, de te sentir aimée comme il t’a aimé. J’aurais voulu t’écouter des heures et des nuits nous raconter comment tu as vécu, comment tu les as vus grandir, puis partir, vivre leurs propres existences. J’aurais voulu savoir, si de ton jardin, tu contemplais parfois l’horizon et rêvais parfois d’être ailleurs, au loin, découvrir de quoi le monde était fait. J’aurais voulu savoir ce que ça fait d’aimer ceux qui sont partis, de n’avoir que photos et souvenirs pour seules et uniques reliques. J’aurais voulu que tu me dises comment vivre ma vie, que tu m’emportes et m’inspires, que tu m’engueules et me forces à vivre comme tu l’as fait.  J’aurais voulu que tu me racontes ce que ça fait d’avoir peur, ce que c’est de vivre une vie avec regrets et nostalgie. J’aurais aimé que tu me dises que parfois, on pense que l’on n’y arrivera pas ; que parfois, on survit sans trop savoir pourquoi.

J’aurais voulu tout savoir de toi. La vérité est, que je n’aurais même pas essayé.

* * *

Elle posa son panier rempli de fruits de rambutan sur la table du jardin. Elle y avait passé son après-midi, et son dos lui faisait un peu mal. Elle s’assit sur la chaise blanche de la terrasse, et observa la fine pluie qui commençait à tomber. « Cela fera du bien aux plantes » se dit-elle en piochant un fruit dans le panier. Elle perça la peau mûre et rouge, en sortit le fruit, et le porta à sa bouche. Juteux et à peine sucré. La pluie s’épaissit, et les enfants du voisinage s’empressèrent de sortir, pieds nus et en shorts pour jouer dans les larges flaques d’eau, formées par les crevasses des chemins de terre en face de chez elle. Les cris de la rue emplissaient le silence de la maison, désormais vide, et où elle habitait seule depuis depuis qu’ils étaient partis. Elle se sentait fatiguée, et s’assoupit doucement ; elle jura qu’à ce moment,  elle l’aperçut avec les autres enfants, le visage radieux et le rire évanescent, cavalant et sautillant sous la pluie battante. Elle esquissa un sourire avant de s’endormir sur le porche, la tête inclinée, les feuilles des arbres s’envolant au souffle du vent annonçant la venue prochaine de la mousson d’été.

J’aurais besoin d’un Dieu

The Undertones
The Undertones
The Undertones - Get Over You

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J’aurais besoin d’un Dieu là. Comme quand j’étais petit, et que ma mère rentrait dans ma chambre pour me rappeler de faire ma prière. J’avais ma petite routine, comme un poème à réciter, j’en avais fait une chanson, avec toutes les choses que peuvent souhaiter un enfant de huit ans. J’improvisais parfois, rajoutant ça et là demandes occasionnelles. Il y avait quelque chose de rassurant dans ce rituel, comme une manière de cristalliser ses craintes, les focaliser, matérialiser l’absurde.

Tu avais pris l’habitude de te coucher sur le banc, et poser ta tête sur mes cuisses. C’était plus confortable que nos sacs. Benjamin avait pris une photo de nous avec un appareil photo jetable, celui dont il faut tourner une molette pour charger la pellicule. Je ne l’ai vue qu’une fois. Le vide du cadrage. Le regard fixé. Le néant figé. Il n’en reste rien. Une photo disparue.

J’aurais besoin d’un Dieu là ; me coucher ivre mort, et faire ce signe de croix. Lui demandant de ne jamais t’oublier. Lui demandant de ne jamais avoir à faire face.

Top 50 albums 2010

Top 50 albums 2010

« Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir. Ils l’ont cherché en dehors, et c’est en dedans qu’il était seulement possible de le trouver. Pour moi, le romantisme est l’expression la plus récente, la plus actuelle du beau. Il y a autant de beautés qu’il y a de manières habituelles de chercher le bonheur. […] Qui dit romantisme dit art moderne, – c’est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l’infini, exprimées par tous les moyens que contiennent les arts. » Baudelaire

A écouter autant de choses, à creuser et y consacrer un temps inestimable, parfois – voire même souvent – je me demande ce que je cherche, ce que je pense y trouver. Puis au détour d’une suite d’accords harmonieux, d’un silence préfigurant un climax, d’un glitch déstabilisant l’équilibre, l’évidence est telle qu’elle annihile tout doute, tout raisonnement. Ce sont ces envies irrationnelles, ces petites choses qui construisent ce qui sera désormais notre univers, délimitant à leurs manières l’étendue de ce qui nous constitue.

Essentielles aujourd’hui, elles ne le seront probablement pas demain, mais peu importe. C’est ce sentiment là qui m’est important à ce moment précis, cette brèche qui s’est ouverte ici, ce présent fondamental qui remodélise mon passé, réécrit mon futur. Il n’est rien de plus véritable, ce sentiment naissant, cette fuite en avant, ces lignes infinies d’un possible palpable. Ce qui me définit ici, ce sont ces espaces entre mes mots, ces œuvres qui ne sont pas miennes, ces attaches qui n’existent déjà plus.

Top 50 singles 2010

Top 50 singles 2010

Le sentiment est une substance malléable, protéiforme. Tant d’éléments, de conditions viennent en altérer sa propagation qu’il en est impossible d’en définir les contours, le corps, le cœur. Sa nature est la subjectivité, son essence l’iniquité. Elle se propage comme une épidémie, brouille raison et moralité.

De toutes ces chansons que j’ai choisies, qui m’auront marqué, elles l’auront été car elles auront été irradié par ma propre vision de l’art, de la vie, de la musique. Chacune possède cette empreinte claire, cette vision lucide de ce qu’elle représente. Ces compositions sont alors dépossédées de leurs mélodies, de leurs auteurs, de leurs époques. Ici, elles sont miennes, elles m’appartiennent, elles représentent un panel de ce qui me compose et m’obsède.

Ecoutez, lisez, et vous verrez se dessiner un motif, une illusion persistante. De ce que fut un aperçu de mon existence, à l’instant même où je la vis.

Au dehors, le silence s’était fait roi

Dntel
Dntel
Dntel - Flares

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« Echec et mat » dit-il d’une voix faussement satisfaite alors qu’il renversait du revers de la main ce dernier rempart que fut sa tour placée devant ce roi désormais esseulé et acculé.

Elle alluma une cigarette qu’elle avait elle-même roulée plus tôt dans l’après-midi, contemplant le damier désormais quasiment immaculé. Il la fixait tandis qu’elle fit craqueler ce tabac, brûlant du bout de la flamme d’une allumette qu’elle éteignit ensuite d’un léger geste du poignet. Elle expira cette première bouffée du coin des lèvres et leva les yeux, croisant les siens et esquissa un sourire.

« A la prochaine » dit-elle tandis qu’il la regarda s’éloigner, puis monter ces escaliers, ces talons en bois s’évanouissant au son des marches en laitons qu’elle gravissait à mesure qu’elle disparaissait aux étages supérieurs de cette construction qu’il n’avait jamais pu voir de l’intérieur. Il rangea soigneusement les pièces à l’intérieur du plateau qui se pliait en son milieu, se dirigea vers la porte et mis sa capuche pour se protéger de la pluie. Il avait l’habitude de se retourner avant de franchir cette dernière dalle qui séparait le phare de la terre ferme ; pour voir si elle avait enfin changé d’avis. Il ne le faisait plus. Il attendait désormais qu’elle montât l’escalier pour s’en aller.

Elle aimait fixer l’horizon du haut de ce phare abandonné que lui avait légué son grand-père à sa mort. Elle restait des heures durant. Fixant les bruits des vagues. Scrutant les cris du ciel. Le phare n’était pas des plus imposants, culminant à trente-huit mètres, construit en granite, peint à l’origine en rouge et blanc, puis repeint il y a dix-sept ans en bleu de cobalt pour lui redonner une seconde jeunesse. Quand elle y pénétra pour la première fois, il était abandonné depuis des années déjà, et décida d’y habiter. Le système optique du phare était en ruine, ce qui tomba à point, car elle n’avait aucune vocation à travailler dans un phare, d’autant moins le maintenir. Elle aimait cette quiétude et était impressionnée par l’immensité étriquée de cette construction. Elle n’y aménagera que les deux premiers étages ; elle n’avait guère besoin de plus pour y poser sa seule valise avec laquelle elle était arrivée. Elle écrasa sa cigarette du bout de la botte, et fixa le mégot fragmenté de cendres éparpillées à même le sol.

Il préparait toujours la même commande : du riz, du blé, un panier de fruits et légumes frais provenant d’un collectif de jardiniers locaux, quelques cabillauds vidés ou de merlus selon les semaines, et un pêle-mêle de condiments dont elle avait besoin. Il avait demandé à son responsable des livraisons s’il pouvait être détaché spécialement pour les commandes dans ce canton ; et cela tombait bien, car personne ne voulait s’en charger – il fallait faire un détour d’une demi-heure, voire quarante-cinq minutes parfois, dû aux travaux instaurés par le nouveau parking en construction près de la gare. Elle instaura le tutoiement assez rapidement quand elle vit qu’il s’agissait du même livreur qui revenait inlassablement tous les mardis matins. C’était absurde. Elle avait facilement deux fois son âge, et le vouvoiement lui donnait l’impression d’avoir quatre-vingts ans.

« Tu ne me demandes jamais qui je suis ? » lui demanda-t-elle alors qu’elle s’apprêtait à clouer son cavalier restant avec l’un de ses fous.
« Je sais qui tu n’es pas. Je sais que ce que tu me répondrais ne correspondrait en rien à ce qu’il en est, alors je ne te demande rien. »

Un jour il ne vint plus, ce n’était plus lui. Elle eut espéré que ce ne fût que temporaire. Elle avait choisi. Elle se surprenait parfois à s’entendre argumenter seule à haute voix. Elle se persuadait qu’elle était heureuse ainsi, tout du moins qu’elle fût désormais stable, et qu’il n’aurait jamais pu comprendre, il était trop jeune, il ne la connaissait pas, elle ne le connaissait pas non plus. Elle marmonnait « stop, stop, stop » en s’appuyant sur la rambarde de l’escalier. Elle gravit les escaliers, et monta jusqu’en haut du phare. Elle referma sa robe de chambre et alluma une cigarette. Elle plaqua sa main contre l’allumette incandescente pour la protéger du vent. Elle expira cette première bouffée du coin des lèvres et leva les yeux à l’horizon. Le soleil se levait à peine, un voilier voguait déjà sur les bords de la mer. Il n’y avait guère que le chant lancinant des vagues qui se faisait entendre. Au dehors, le silence s’était fait roi.

« Stop, stop, stop » murmura-t-elle.

Elle en était le début

The Rumour Said Fire
The Rumour Said Fire
The Rumour Said Fire - Sentimentally Falling

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Déjà bien établis au Danemark, alors qu’inconnus partout ailleurs, les Copenhagois de Rumour Said Fire se font légataires d’une tradition pop scandinave, entre indie et mainstream, les enlaçant, les embrassant à bras le corps. Il y a une légèreté virevoltante dans ce « Sentimentally Falling », une illusion charmante et happante. Il y a réminiscences et rapprochements immédiats, néanmoins, à chaque vague de ce va-et-vient enthousiasmant il y a cette insouciance enivrante. La chanson en elle-même ne tourne qu’autour de ce riff de guitare, comme le « Oh Mandy » de Spinto Band put l’être à l’époque. Un riff. Entêtant. Glorieux. Retentissant.

Tout gravite autour de cette figure s’étendant dans le temps et l’espace. Elle s’épanche et devient totalitaire. Elle masque les arrangements, elle absorbe le chant de Jesper Lidang qui passe au second plan, ne se contentant d’être qu’accompagnement de cette étincelle devenue éclair d’une nuit. Elle revient sans cesse et hante tout venant. Elle fuit, elle se dissipe. Elle tourmente, elle pénètre. Elle en était l’origine, elle en sera le dénouement. Lui, de sa voix ténue ne sera que témoin de sa chute inaltérable. Elle en était le début. Il sera de la fin.

Photo : Xiu Xiu @ Musikcaféen

Xiu Xiu
Musikcaféen, Copenhague - Novembre 2010